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adagp 2026
Alice Sigogne
Material for Rereadings, 2025

Choosing a book means allowing oneself to be guided by a story: the texture of a clothbound cover, the typography of a title, the traces of distant lives discovered on an endpaper or on the back of a forgotten postcard. For Caroline Bron, each encounter with printed matter initiates a sensory exploration, embodied in material, and involving a range of manipulations, physical operations, and acts of appropriation.

Like Denise A. Aubertin or Marcel Broodthaers, the artist revisits the book, appropriates printed history, and reveals layers of memory. Here, rescued from disposal, the book becomes a form to be interpreted, a space to be translated, or a narrative to be reappropriated.

Her work incorporates a range of marginal materials: discarded everyday objects, worn sheets, poetic language, plaster. Pigmented throughout its mass, the plaster reacts to ink that migrates freely according to humidity and the orientation of the object (Avec titre, à Luigi, Doublures). By substituting water with lemonade or ink within her process, Caroline Bron questions the materiality of plaster. It appears to absorb the page or its text, forming a "gypsum chantilly," a trace revealed through slow sedimentation. Commonly perceived as a humble material, plaster here becomes the fragile support of an updated memory. It registers what remains.

In her installations, the staging seems either to escape from the book (Filles de Pandore 1, Dans le ventre d'un Rocher, Le vent tourne) or, conversely, to fill the gaps of history. Narrative becomes a textual environment, an area to see, to hear, to traverse barefoot. Open or closed, voices continue to murmur within. Ink permeates the surface, words emerge like subterranean sources (Filles de Pandore 2).

Elsewhere, Caroline Bron reworks a secondary language: sentences by women authors. The words the artist has inked onto old sheets and stitched together evoke a patched matrimonial memory. On the walls, well-known ancient myths, reactivated in high relief, begin to fragment, scratched and eroded, before our eyes (Aidésia, Axiothéa, Lasténéia…).

Through casting, cut-up, inking, and mending, gestures drawn from sculpture, poetry, and sewing, Caroline Bron revisits printed histories and forgotten objects. Her practice in volume invites a sensitive re-reading, a rewriting through direct, embodied engagement with material.

Emilie Leguellaut
Avec titre, 2024

Écrire sans mot lorsqu'il y a tant de choses passées sous silence. Caroline Bron développe une poésie aussi plastique que textuelle. Avec titre présente une série de portraits de femmes dessinées par le peintre Sir David Wilkie.

Prisonnières d'un regard, celui d'un homme venu découvrir l'orient au milieu du XIXe siècle, ces femmes deviennent une représentation, entre fantasme et projection. Cachées sous une description elles acquirent le rôle que leur attribue le peintre : « l'espagnol », « la fille », « la mère gitane », « la chasseuse de rat ». Sir David Wilkie écrira que, confronté au voile ou au harem, le peintre ne bénéficie pas de la même liberté créatrice que les auteurs*. Comme une réponse des siècles plus tard, Caroline Bron par un geste, une application, efface d'un épais nuage l'image, pour n'en conserver que des bribes. Le plâtre, gazeux et effervescent s'étend sur l'image et opère un cut-up visuel, un caviardage aussi crémeux et onctueux que compact qui invite à « enflammer l'imaginaire » pour reprendre les mots du peintre britannique. Libérées des représentations qui pesaient sur elles, les femmes s'effacent et leur invisibilité apparaît.

* * *

(*) « Comme sujet de description ou de récit poétique, on trouverait des moyens d'enflammer l'imagination avec la forme et la suite des événements à peine entrevus ; mais pour nous, que peut-on faire pour peindre un visage que l'on n'a pas vu, ou avec des héros et des héroïnes qu'on ne peut décemment montrer sur le même tableau ? » Allan Cunningham, The Life of Sir David Wilkie: With His Journals, Tours, and Critical Remarks on Works of Art : and a Selection From his Correspondence, op. cit., p. 342

Aurélie Gatle
Les filles de pandore, 2024

La jarre, ce récipient au contenant symbolique parle à qui sait entendre des femmes : de leur dualité, de leur corps, de leur labeur, de leur place culturelle et sociale, de leur légende, mais par-dessus tout de leur puissance à ne pas se laisser façonner. Celles que Caroline Bron glane de-ci de-là, portent des imperfections, des marques qui se révèlent être autant d'indices dans lesquels se cachent les invisibilisé·es. Ceux et celles que la mémoire collective n'a pas retenu et dont l'artiste cherche à traduire dans la matière les histoires enfermées.

En Occident, l'Antiquité gréco-romaine fut l'un des berceaux de productivité sérielle et d'exportation massive des jarres. Son omniprésence dans la vie quotidienne n'a d'ailleurs pas manqué de créer une déclinaison métaphorique pour quelques préceptes philosophiques. Au IIIe s. avant J.-C., par exemple les écrits d'Aristote se plaisent à voir en la femme un réceptacle passif (1) comparable dans sa forme à celui d'une amphore. Ce second rôle allait progressivement conférer aux infortunées le glorieux statut «d'être objet !».

Un corps contenant de l'intérieur vers l'extérieur la marque de la supériorité des hommes. S'il existe des penseurs pour orienter les hommes vers la raison, il est des mythes plus influents encore. Celui relaté par Hésiode « le mythe de Pandore ! »(2), a longtemps permis à ses successeurs d'ériger la femme comme unique vecteur du péché originel.

Pourquoi donc continuer de narrer ce mythe au XXIe siècle ?

Pour échapper à sa littéralité (3), pour fuir le piège du leurre narratif, plus encore pour comprendre l'importance de l'interprétation des textes et leur pouvoir d'action sur le réel. A travers son installation, Caroline Bron déconstruit le mythe, elle le revisite pour en offrir une version moins figée. Ici les femmes sont invitées à s'émanciper de l'objet de leur assimilation, à s'extraire des jarres. Une fois parvenues à surmonter cet effort elles peuvent rejoindre la source/la connaissance, et d'une eau nouvelle remplir les contenants de leurs histoires.

C'est alors qu'apparaît un autre signifiant, la jarre regagne sa définition étymologique – de l'arabe < جَرَّة /jarra, entendu comme un « vase d'argile à large bouche ». L'argile, la matière qui modela le corps de la première femme et la bouche souvent restée silencieuse, désormais s'ouvre et se met à parler.

Dans cette version de l'installation, les jarres de l'exposition sont ouvertes, parfois brisées, de chacune sortent de longs tissus vierges ou recouverts de mots à peine lisibles par le public. L'encre noire et la graphie, parfois brute, viennent matérialiser la parole, qui partout s'écoule.Ces textes qui émanent dans l'espace, sont issus des mots que Caroline Bron a empruntés dans les écrits des poétesses de la Beat Generation : Lénore Kandel, Denise Levertov, Diane di Prima, Hettie Jones, Elise Cowen, Joanne Kyger, Ruth Weiss, Janine Pommy Vega, Mary Norbert Körte, Anne Waldman et bien d'autres encore.

Un spécialiste de ce mouvement -Olivier Penot-Laccasagne- écrit à leur propos « On sera gré à ces femmes d'avoir soulevé le couvercle de la domination masculine pour laisser passer le parfum d'une autre façon de vivre et de penser le monde» (4). On perçoit alors la puissance révolutionnaire que les écrits de ces femmes ont pu apporter, les chants d'amour et d'afflictions qu'ont été leurs vies et leurs œuvres.

En suivant l'élan de ces femmes, Caroline Bron collecte leurs mots et telle une ouvrière brodeuse, elle découpe aléatoirement les textes originaux pour en former des nouveaux. Assembler ainsi des fragments de textes revient à répéter une technique littéraire bien connue, celle du cut-up [découper puis assembler des fragments de textes pour créer un récit]. Parfois, le hasard est incisif et compose « dans le noir profond du désir ». L'écriture atmosphérique garde la trace des énergies qui l'ont portée : l'ardeur des femmes en marge de la société prêtes à tout bouleverser.

En 2024, que toutes les poétesses soient ici saluées, celles qui continuent à tisser la voie du vivant et à renforcer la trame indestructible des solidarités. Comme Caroline Bron qui à la frontière de la sculpture et de la poésie [rapiécée], réinvente mère-matrice. Veillant toujours quelque part à perpétuer la lignée des Filles de Pandore. Pour mieux en saisir la portée, une fois déchaussé, le public est invité à marcher à côté de ces tissus, à laisser prédominer le mouvement qui se fera liaison entre les jarres. Remonter le cours de ces ruisseaux d'écritures, en rechercher la source, regarder sous les yeux les phrases s'auto-engendrer. A la manière d'un funambule danser des mots, écouter les messages se délivrer et s'évaporer. Bien plus encore, aborder un mystère qui demeure : celle de la jarre fermée ! A l'intérieur, un son difficilement perceptible prend forme. Ne sachant pas ce qu'il est, ni ce qu'il exprime, il devient une forme active à la frontière de l'imaginaire. Il nous enjoint à agir. Ouvrir la jarre défendue ? Vous voici face au tour de force de cette installation, mettre à nouveau en acte la puissance de l'espoir.

* * *

*1* Philippe Remacle, Aristote, Traité de la Génération des animaux et Parties des animaux [en ligne].[ref 1999]. Disponible sur : https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablegeneration.htm

*2* Résumée du mythe : Souvenez-vous : le Titan Prométhée déroba aux dieux de l'Olympe le feu pour le donner aux hommes. Son impudence l'entraîna dans un châtiment bien célèbre. Toutefois cela ne contenta pas la colère de Zeus, qui décida d'aller plus loin encore dans sa vengeance. Il intima l'ordre à Héphaïstos de l'aider à créer dans l'argile la première femme de l'humanité qui mènerait les mortels à leur perte. Fière de sa création, elle fut présentée à l'assemblée des dieux et déesses dont chacun.e se plut à agrémenter la créature pour lui faire atteindre sublime perfection (par exemple : Athéna lui insuffla la vie, Aphrodite lui donna la beauté et la séduction, Apollon la maîtrise des arts, Hermès la parole et l'art du mensonge...). Cette divinité d'apparence n'en restait pas moins une humaine et fut envoyer sur Terre pour épouser Épiméthée, frère de Prométhée. Avant de partir Zeus , remis à Pandora une jarre et l'ordre de ne jamais tenter de l'ouvrir. En effet, cette jarre contenait tous les maux de l'Enfer : vieillesse, maladie, guerre, famine, tromperie, vice, folie, orgueil.... Ces calomnies ainsi regroupées et éloignées du royaume divin, permettaient de maintenir un équilibre universel en purifiant le monde céleste, et condamnant celui des Hommes.Bien que Prométhée avait mis en garde son frère de ne jamais accepter un cadeau de Zeus, celui-ci n'écouta pas la sage recommandation et tomba amoureux de Pandora. Pour ce premier couple de l'humanité, les jours s'écoulaient paisiblement et chaque soir, la jeune femme s'approchait de la mystérieuse jarre résistant à la tentation d'enfreindre l'ordre reçu. Or l'appel de la connaissance fut trop forte et un soir Pandora souleva le couvercle. Aussitôt tous les maux contenus dans le vase s'échappèrent et se répandirent sur la Terre. Zeus intervint pour lui faire refermer la jarre, juste avant que le dernier élément ne put s'en échapper : l'espérance. Toutefois, il était trop tard, la malédiction commença à s'installer en chaque peuple qui peu à peu se mit à connaître les tourments, la souffrance et la mort. L'âge d'or où les hommes et les dieux vivaient confondu et en harmonie pris fin, les séparant à jamais.

*3* Dialnet, Michèle Ramond, Filles de Pandore, Université Paris 8 [en ligne].[2005]. Phrase complète « Tant il est vrai qu'un mythe n'est jamais pris suffisamment au pied de la lettre : sa littéralité est le refoulé de son histoire et l'histoire qu'il raconte est un leurre où l'humanité se piège. Les préjugés sur Pandore […] ont ainsi faussé sa fonction herméneutique heuristique. Et ils ont porté tort pour des siècles aux filles de Pandore, toujours suspectes de féminités mensongères et dangereuses.»

*4* Olivier Penot-Lacassagne (sous la dir.), Beat Generation. L'inservitude volontaire, Paris, CNRS Edition, 2018.

Pascaline Vallée
Les mots existent, 2022

Les mots sont très présents dans le travail de Caroline Bron et y endossent plusieurs statuts. Qu'ils soient issus d'écritures libres demandées à des connaissances autour de projet d'exposition (le Soleil se couche au Nord-Ouest), de textes poétiques (Sur vos traces, The Love Book, Filles de Pandore) ou de ceux écrits au dos d'une carte de vacances (Nous espérons que vous allez bien, Mme Rock), discrètement, l'artiste réactive ces paroles perdues ou censurées dans ses performances et ses sculptures. Pourtant, les phrases citées sont rarement totalement lisibles : l'artiste ne restitue pas des idées, elle rend leur existence manifeste. Devenues objets, mises en sculptures, elles surgissent par bribes, investissent l'espace en nuées et en fils immenses, comme suggérant leur lecture empêchée.

La mémoire et l'oubli irriguent son travail. S'il est le plus souvent en noir et blanc, c'est pour mieux évoquer la dualité du souvenir, à la fois présence et disparition. La plupart du temps, ses pièces prennent pour point de départ une forme, trouvée, dont elle effectue un moulage ou un recouvrement avec du plâtre. Ces traces de vécu, auxquelles on ne prête plus tellement attention, perdues dans les méandres du temps et sous l'accumulation des objets, deviennent entre ses mains des supports narratifs.

Le plâtre est le matériau de prédilection. Utilisé aussi bien par les artistes que par les archéologues, il renvoie à l'empreinte, notion qui traverse la pratique de Caroline Bron. Il permet d'inventorier les formes mais aussi de les combiner pour créer nouveaux sens ou anachronismes. Aussi figé que fragile, il est l'agent d'une muséification précaire. Il préserve sa forme et son existence mais peut s'émietter à tout moment. A moins que l'objet qu'il renferme n'ait déjà disparu ? Car le plâtre matérialise, aussi, le passage du temps. Il témoigne de son modèle autant qu'il en révèle l'absence.

Par ses actions de préservation ou d'altération, Caroline Bron souligne à la fois la menace permanente de la perte et l'infinité des existances possibles.

Cynthia Gonzalez-Bréart
Crash DixDix performance, CafK-Nantes 20/02/2021

« thrown with a true aim

some fragments will not stick,

so heavily they fall »